Le Petit Prince: un conte initiatique

le-petit-prince-et-la-rose

Le Petit Prince est un conte merveilleux. C’est une histoire de doutes, de beauté et d’amour. C’est le récit d’une quête. C’est un livre de vie.

Le Petit Prince, c’est l’histoire d’une errance, d’une quête à la découverte d’une vérité. Ce sont les larmes et le rire d’un enfant pur qui porte un lourd et douloureux secret. C’est l’histoire de notre vie, de notre recherche. Que puisse briller le Petit Prince qui existe en chacun de nous ! Je suivrai chronologiquement le récit en m’arrêtant sur des phrases, des mots qui pour moi sont forts de sens. Nous ne ferons la connaissance avec le Petit Prince que progressivement. Il ne nous dévoilera pas le secret de sa vie tout de suite.

Il faudra savoir l’écouter, le regarder, accepter qu’il n’y ait pas toujours de réponses aux questions. Pour connaître le Petit Prince, il faudra du temps, de la patience, de l’amour. Quel étrange mystère que de rencontrer un enfant au milieu du désert ! Un enfant qui vous demande de dessiner un mouton. Les mystères ne s’expliquent pas, ils s’acceptent. 

Et le Petit Prince nous donne sa première leçon : Tous les moutons dessinés ne correspondaient pas à ce qu’attendait le Petit Prince. C’est dans le dessin de la caisse que le Petit Prince aperçut son mouton. Ce que nous croyons être vrai, ce que nous croyons être la réalité, ce que nous essayons de reproduire ne correspond pas à la vérité de l’amour. Ce n’est pas dans la représentation stéréotypée du mouton que le mouton existe. Mais c’est bel et bien dans sa caisse griffonnée qu’il dort.

La pureté originelle, la force de l’amour voient au travers des choses, touchent la profondeur de ce qui est réellement. Avec l’innocence et l’amour, nous verrons le petit mouton qui dort. 

Ce n’est que plus tard que nous apprendrons que le Petit Prince vient d’une autre planète. Sur cette planète, il y a un danger. Ce sont les baobabs. Les baobabs sont trompeurs. Lorsqu’ils sont jeunes, ils ressemblent à une pousse de rose. Mais si l’on ne fait pas attention, si l’on ne fait pas la différence entre un rosier et un baobab, si l’on ne détruit pas les baobabs, alors la planète en est envahie et meurt. 

Notre colère, nos pensées négatives, notre orgueil sont au départ de tous petits baobabs. Si nous ne sommes pas vigilants, si nous n’arrachons pas nos émotions destructrices, alors elles enflent, elles étouffent notre rose, elles tuent notre amour. 

C’est toujours en conscience, que chaque jour il faut arracher nos baobabs pour laisser croître notre rose. Les moutons mangent les baobabs. Mais comme les baobabs, les moutons sont trompeurs, le Petit Prince s’en rendra bientôt compte.

La planète du Petit Prince était si petite, qu’il lui suffisait de tirer sa chaise de quelques pas pour pouvoir regarder un coucher de soleil. « Tu sais quand on est tellement triste on aime les couchers de soleil. Un jour j’ai vu le soleil se coucher 43 fois. ».

C’est à force de larmes, de questions, d’incertitudes qu’un jour nous débuterons notre quête. Ce jour-là nous serons prêts à nous abandonner, à lâcher prise pour tenter de trouver une solution à nos questions, un sens à notre vie. Combien de couchers de soleil aura-t-il fallu au Petit Prince pour qu’il quitte sa planète et commence son voyage initiatique ? 

Toutes nos difficultés, toutes nos peines, tous nos désespoirs sont des préparatifs à notre voyage spirituel. Chaque épreuve est un soleil qui se couche avec l’espoir du jour à venir. Chaque soleil qui se couche nous fait grandir et nous libère. Le soleil couchant annonce le soleil levant. C’est en cela que réside toute la beauté. 

Le cinquième jour, le Petit Prince commence à dévoiler son secret. Il y a quelque part, sur sa planète, une petite fleur pleine d’épines, une fleur unique au monde. Une fleur qu’un petit mouton peut détruire. Alors à quoi servent les épines ? Pourquoi les moutons mangent-ils des fleurs ? Cette fleur est unique, elle est si importante qu’il faut la protéger. Qu’adviendra-t-il si le mouton la mangeait ?

Le sens de la quête est posé par le Petit Prince. Quel sens à la vie ? L’amour est-il le sens de la vie ? Notre univers, notre vie résultent d’un équilibre parfait et fragileUne faute d’inattention peut tout détruire. Nous sommes dans cet équilibre, nous appartenons au cosmos. A nous de rester vigilants pour protéger l’équilibre. 

Mais encore le sens intime de la vie nous échappe. Pourquoi les roses fabriquent-elles des épines, alors que les moutons mangent les roses ? Nous n’en savons rien, le mystère reste entier. Ce combat entre les fleurs et les moutons ne nous intéressait pas vraiment. Les fleurs font des épines, les moutons mangent les fleurs, c’était ainsi. 

Mais un jour, nous aimons une fleur et cette fleur devient alors importante et unique. Cette fleur que nous ignorions, que nous ne remarquions pas, prend avec l’amour une place importante dans notre vie. Nous avons tendance à passer à côté des choses, des êtres, sans les voir, sans les comprendre. Si nous savons nous arrêter, si nous savons poser le regard de l’amour sur ce qui nous entoure, alors chaque chose, chaque être prend une valeur toute particulière et unique. 

Le mouton semblait être l’ami du Petit Prince, celui qui mangeait les baobabs. Mais le mouton ne fait pas la différence entre une rose et un baobab. Il manque de clairvoyance, de discrimination et ne s’en rend pas compte. Il faudra donc museler le mouton et recommencer à arracher à la main les baobabs. 

Le mouton est le mauvais gourou. Sous sa laine soyeuse, derrière ses yeux doux et innocents se cache un esprit qui n’a pas atteint l’éveil, qui ne voit pas les choses telles qu’elles sont et qui par ses mauvais conseils détruit les baobabs et les roses. C’est comme cela que naissent les déserts. 

Ne nous laissons pas abuser par de belles paroles, par de belles idées, par des promesses d’un bonheur immédiat. Ce n’est que par le travail sans cesse recommencé, ce n’est que par l’expérience que nous aurons des choses, que nous pourrons différencier les baobabs des roses. 

Le mouton est aussi en nous, nous voulons parler, avoir une idée, une certitude sur tout. Nous sommes fiers de nos connaissances et pourtant nous détruisons des roses et laissons pousser des baobabs. Nos colères, nos rancœurs piétinent les roses et font naître des larmes. Il nous faut museler notre mouton pour pouvoir dans le silence de la contemplation abattre nos baobabs et respirer les roses qui nous sont offertes. C’est maintenant sur terre, dans le désert que le Petit Prince pleure sa fleur unique, sa rose qu’il n’a pas su comprendre. Le Petit Prince s’est arrêté aux mots de la rose, à ses discours. Il n’a pas su la regarder, la sentir. Il n’a pas vu l’essentiel. Il a perdu sa rose. 

Nos regards sont superficiels. Nous pensons connaître l’autre, nous n’en connaissons que les apparences. Nous passons à côté de l’essentiel et ne retenons que le mirage de l’autre. Ce sont les déserts qui créent les mirages. Ne plus regarder en profondeur, ne plus voir avec Amour, c’est s’assécher, se désertifier. Il n’y a pas de roses dans les déserts. Avec les yeux de l’amour et de la compassion, avec les yeux qui voient l’âme, on pénètre au plus profond de l’être. On en découvre toute la beauté et la richesse. On y trouve l’oasis cachée. Il y a des roses près des oasis. 

On se trompe, on se perd, on meurt de ne plus savoir sentir, regarder, écouter. On ne voit que les épines, on ne sent plus le parfum. « Il ne faut jamais écouter les fleurs. Il faut les regarder et les respirer. La mienne embaumait ma planète, mais je ne savais pas m’en réjouir……Elle m’embaumait et m’éclairait. Je n’aurais jamais dû m’enfuir. » Ce n’est que plus tard, dans le monde des regrets que l’on prend conscience de la perle que l’on possédait. L’instant présent nous a échappé, nous n’avons pas su le vivre. 

Nous devenons des nomades du bonheur. Sans jamais pouvoir s’arrêter nous cherchons la joie et la beauté toujours plus loin, inlassablement, sans fin. Nous passons sans jamais trouver les oasis cachées. Les yeux sont aveugles dans les déserts. La vérité est là où l’on ne regarde jamais. 

Le Petit Prince dans son désert intérieur quitte sa planète à la recherche d’une vérité, d’un secret. Il passe de planètes en planètes sans jamais trouver ce qu’il cherche. 

La première planète était habitée par un roi qui pensait régner sur l’univers. Ce roi cependant possédait assez de sagesse pour comprendre la limite de son pouvoir : « Il faut exiger de chacun ce que chacun peut donner ». L’exercice du pouvoir est un art difficile. Les attentes et les demandes doivent être adaptées à chaque individu.  

L’uniformité ne crée pas la cohésion. Chacun, en fonction de ce qu’il est, de ce qu’il sait apporte la pierre qui lui correspond. Chaque être est différent, chaque pierre sera différente, mais toutes seront fondamentales et indispensables à la construction de l’édifice.  Le pouvoir doit servir à unir les différences. 

Mais le Petit Prince se rend compte que ce pouvoir est illusoire. Le roi est incapable d’avancer le coucher de soleil. Le coucher de soleil aura lieu quand le soleil se couchera tout simplement. Le roi ne peut rien en cela.

Nos désirs, nos volontés, nos exigences ne sont qu’illusions. Ce qui nous gouverne tous, c’est l’ordre de l’univers. Nous sommes tous partie intégrante du monde, rien ne pourra nous y extraire. Le seul vrai pouvoir est le rythme de l’univers. 

C’est dans la pleine conscience, dans l’attention profonde que nous serons à l’unisson, en harmonie avec l’univers. En intimité avec les étoiles, nous aurons les plus beaux couchers de soleil.

Et le Petit Prince continua son voyage. La planète suivante était habitée par un vaniteux plein de solitude. Le vaniteux perd son humilité, perd son humus. Il n’a plus de terre nourricière. Le vaniteux est sur une terre désertique. Il devient un arbre sec. 

Une des planètes suivantes que visite le Petit Prince fut celle de l’allumeur de réverbère. Travailleur inutile, dépassé par une consigne hors du temps, et pourtant, nous dit le Petit Prince « Allumer un réverbère, c’est comme allumer une étoile. Eteindre le réverbère c’est endormir l’étoile. C’est une occupation très jolie. C’est véritablement utile puisque c’est joli ». Cette activité aussi absurde semble-t-elle est belle par sa gratuité. 

Allumer un réverbère sur une planète, allumer une bougie dans un temple, laisser se consumer un bâton d’encens sont des dons sans aucune attente de retour ou de bénéfice. Cet acte de don total, acte presque chevaleresque, rayonne de beauté dans son absolue pureté. 

L’amour est un allumeur d’étoile, il rayonne et flambe. L’amour n’attend rien, il s’offre. Dans le désert, c’est en suivant une étoile que l’on retrouve sa route.

La planète suivante était habitée par un géographe. Celui-ci appris au Petit Prince que sa fleur était éphémère. Le Petit Prince compris alors l’impermanence des choses. Seul l’instant présent est précieux. 

Enfin la septième planète que visita le Petit Prince fut la terre. Le désert de la terre. Dans ce désert, il y a un serpent qui parle par énigmes. Ce serpent d’ailleurs résout toutes les énigmes. Il est là pour l’arrivée du Petit Prince. Il sera là au bon endroit, au bon moment pour le départ du Petit Prince. Les choses arrivent quand elles doivent arriver, rien ne sert de vouloir les précipiter. La mort viendra quand le serpent aura décidé d’apparaître. C’est peut-être cela notre destin ? 

C’est dans un jardin d’Eden sec et désertique que se posa le Petit Prince. Dans ce désert intérieur, seul le serpent est présent. Le désert n’est pas autour de nous, il est en nous. Rien ne sert de voyager de planète en planète, rien ne sert de faire le tour du monde. Nous emmenons avec nous notre désert. Notre désert est lieu de douleur, de souffrance, de silence, de crépuscule, de mirage. Mais ce désert nous appartient. Nous sommes responsables de ce désert. C’est le temps que nous avons perdu à être aveugle qui rend notre désert si grand. « On est seul dans le désert. On est seul aussi chez les hommes répondit le serpent. »Mais si nous sommes animés d’une quête, si nous avons soif de revivre alors nous trouverons la source qui a été de tout temps cachée en nous. Alors ce sera la traversée du désert, mais notre désert ne sera qu’un lieu de passage et non une fin en soi. Il faudra du temps et de la patience. Les déserts sont de grands sabliers.  

Le Petit Prince continue sa fuite à travers le désert. Mais fuir, c’est aussi aller vers autre chose. Et le Petit Prince rencontra le renard qui lui transmit un grand secret. Il faut savoir apprivoiser les autres, il faut savoir perdre du temps avec eux. Ce temps qui semblait perdu, inutile est en fait un trésor de bonheur. Ce temps rend unique les choses, il les transforme en diamant, il les rend précieuses. 

Apprivoiser, connaître, c’est regarder en profondeur, c’est allumer son réverbère, c’est allumer une étoile, c’est s’arrêter et habiter le désert de l’autre. C’est perdre le temps du sablier, mais c’est gagner le temps de l’Amour. Apprivoiser, c’est reconnaître l’unique en chaque être, c’est faire briller l’autre par la vive flamme d’amour. Apprivoiser, c’est s’asseoir et aimer. Apprivoiser, c’est faire fleurir un désert, c’est être responsable de ses fleurs. « L’essentiel est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu’avec le cœur. C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui rend ta rose si importante. Tu es responsable de ta rose. » 

Il est temps maintenant pour le Petit Prince de quitter son désert. Il a trouvé son secret, sa source, son puits. « Ce qui embellit le désert dit le Petit Prince, c’est qu’il cache un puits quelque part….. ». L’eau que contient ce puits est bonneElle est bonne à cause des efforts, à cause des larmes, à cause des doutes, à cause du désert et de la marche avec les étoiles. Cette eau prise dans le creux des mains est bonne à partager en fraternité avec celui qui vous a accompagné pour retrouver la rose. Pour boire cette eau, il faut se courber, se pencher vers la terre, creuser la terre. 

Cette eau se gagne, elle est profonde. Cette eau n’est pas un dû, elle est une récompense. C’est en s’ouvrant, en devenant coupe que l’on peut recevoir cette eau. C’est avec force et persévérance que les racines perforent le sol pour puiser cette eau indispensable aux feuilles et aux fleurs. Il faut d’abord descendre pour que l’eau monte ensuite. 

le-petit-prince-et-le-renard

Cela fait juste un an que le Petit Prince est sur terre. Sa planète est juste au-dessus de lui, à la verticale, c’est le solstice. Les ténèbres sont terminées, c’est la fin du désert, la lumière brille. Le cycle est terminé. Le Petit Prince connaît aujourd’hui l’importance, l’unicité de sa rose qu’il avait fui. Le bonheur était si proche, si quotidien qu’il en devenait invisible. C’est dans ce voyage, dans ce désert que le Petit Prince a su découvrir et écouter son maître spirituel le renard.

Les yeux du cœur se sont ouverts, et c’est dans cet état d’éveil que le Petit Prince comprit que le Graal qu’il était venu chercher à mille milles de toute terre habitée était depuis longtemps à ses pieds et embaumait sa planète. Les serpents sont les amis des cœurs purs. D’une seule morsure, le Petit Prince, corps de lumière, rejoint sa rose pour des temps sans fin. Le corps, ce qui cache l’âme, n’a plus d’importance pour celui qui connaît l’Amour et le nom de la Rose. Le désert se chargera d’ensevelir cette écorce qui pèse trop lourd. 

Mon ami, toi qui es à mes côtés, tu es ce Petit Prince qui possède un trésor et tu traverses mon désert. Tu es mon renard si je sais t’écouter et te comprendre, tu es ma rose si je sais te voir avec le cœur. Tu es mon allumeur de réverbère au milieu de mes doutes. Moi je n’oublierai pas la muselière pour mon mouton, car je sais ta rose si importante.

 

Source: Patrick (Mai 2000)

*Mises en exergue personnelles*

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *