Le désert : lieu de rencontre avec soi

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Qu’il soit chaud, hyper aride, semi-aride, froid, semi-permanent ou saisonnier, le désert reste le lieu où la vie se frotte le plus à la mort. Il l’est en effet parce qu’il éloigne de la société le pèlerin et le contraint à modifier en profondeur ses habitudes quotidiennes. En ce sens, il n’est donc pas très attrayant. Nul n’irait au désert dans l’optique d’aller mourir de soif, de faim, de froid, de solitude etc. Toutefois, même si de prime abord le désert est inhospitalier, il a aussi un côté attrayant, positif, constructif pour la personne qui s’y rend. Bien mieux qu’une analogie, le présent article veut amener le lecteur à une rencontre avec lui-même dans le désert.

Aller au désert

Notre tendance naturelle est de nous glisser dans le conformisme d’une société établie et de nous fondre dans la masse. C’est plus confortable ainsi. Seulement, se trouver en liberté dans un face à face avec soi-même n’est pas toujours l’attitude la plus recherchée parce que cela est exigent et bouscule notre confort. Pour éviter le conformisme « convenable », il convient de devenir soi-même en se reconnaissant dans sa singularité. Le désert, autant physique qu’intérieur nous aide à cela.  Le séjour au désert nous amène à ne pas nous mentir à nous-même. C’est le lieu où nous découvrons notre vraie personnalité. Il nous permet de nous situer par rapport à nous-mêmes et aux autres. De cette manière, nous ne sommes pas comme des marionnettes : toujours à faire exactement ce que les autres attendent de nous. Le désert appelle au dépouillement de soi. En ce sens, y séjourner bouscule l’ordre établi, mène le pèlerin à lui-même et de toute évidence, à l’Autre. 

Quid du désert ?

Physique ou spirituel, le désert a presque toujours été présenté par les pèlerins de tous bords (touristes, écrivains, mystiques, poètes, aventuriers, géographes et anthropologues)  comme étant un lieu de ressourcement, un espace de rupture et de refondation, une voie d’accès vers un destin clairement choisi et assumé. Dans ce sens, même si on n’y avait jamais pensé, il serait constructif de s’y rendre d’une manière ou d’une autre. Un pèlerinage physique est vivement recommandé dans la mesure du possible. Dans les deux cas, le désert reste un lieu qui nous éloigne de notre confort habituel et cela est possible à tous. Aller au désert implique de la part du pèlerin un dépouillement physique et intérieur vers davantage d’harmonie.

Les fruits du désert.

Il est important de partir du manque pour goûter aux fruits que procure un séjour au désert. Gardons-nous bien des idées reçues et de ce que nous croyons savoir. Par exemple, on pense généralement que le pèlerin au désert prie, médite, réfléchit, contemple, etc. Un auteur du désert, Théodore Monod, dans son  livre Méharées nous aide à voir la réalité en face. Pour lui, le pèlerin au désert « ne songe – et ne peut songer – qu’à des citronnades frappées, à des boissons fraîches et gazeuses, aux petits glaçons qui fondent doucement… ».  Ceci illustre bien ce que nous éprouvons au fond de nous. Pour se rencontrer soi-même, il convient de partir du manque. Autrement, nous restons à la surface si nous voulons jouer au héros spirituel. Il s’agit de ne pas négliger la sensation que procure la première gorgée d’eau fraîche en plein désert alors que la gourde était vide depuis plusieurs heures. Entre vie intérieure et abrutissement, la ligne de crête est étroite : les deux états peuvent très bien se succéder chez la même personne au bout de quelques temps. Au final, on ne saurait prétendre avoir échappé à l’emprise de l’expérience vécue qui nous marque à vie.

En somme, le désert est ce lieu où le pèlerin découvre une double révélation : celle de la liberté et celle d’un chemin à suivre.

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