Vers un coaching pour tous

L’engouement pour le coaching dans notre société reflèterait-il une évolution civilisationnelle? Du coach sportif au coach santé, en passant par le coach de carrière et le Life coach, le coaching prend aujourd’hui la forme d’un phénomène social viral avec un énorme potentiel de développement. Verrons-nous dans moins d’une génération l’avènement d’un Life coaching pour tous où chacun sera accompagné à développer tout son potentiel et à vivre harmonieusement ? Personnellement, je le crois. Voici pourquoi :  

Du coaching sportif au coaching en entreprise

 

to coach en anglais signifie « accompagner » ou « entraîner » dans le sens de « motiver ». A l’origine le mot français « coche » désignait, au xvie siècle, une voiture tirée par des chevaux et conduite par un cocher. Le coach est donc celui qui fait avancer les voyageurs. Coacher c’est donc mettre en mouvement, déplacer d’un point A à un point B.

L’usage du terme dans son sens métaphorique remonte aux années 50 dans le football américain. Le coaching va consister à mobiliser l’athlète en stimulant ses ressources psychologiques en complément à son entraînement physique. Comme un Manager, le coach accompagne ceux qui veulent aller « plus vite, plus haut, plus fort », selon la formule de Pierre de Coubertin et sa devise des Jeux olympiques.

Cette pratique intensive de conditionnement mental permet donc au sportif de haut niveau de maximiser ses performances, d’améliorer ses compétences et de battre des records. Le coaching devient ainsi dès les années 1980 le moyen incontournable pour les sportifs cherchant à optimiser leur capital psycho-bio-cognitif. « L’entraîneur » ne demande plus uniquement aux athlètes d’être compétents physiquement et techniquement. Dorénavant, ce « grand frère » encourage l’athlète à muscler son esprit tout comme son corps.

Le coaching sportif ne se limite pas au « développement des ressources de l’athlète » : il vise aussi « l’exploitation totale du potentiel de ce dernier »  [1].

Multiplier ses performances, aiguiser ses compétences, accroître sa puissance, vaincre ses concurrents. Tant d’objectifs familiers aux sportifs qui ne sont pas étrangers aux entreprises. On comprend dès lors comment le coaching sportif a fini par s’imposer aussi dans le monde des affaires. [2]

Les principes de compétitivité et de productivité de l’économie de marché rejoignent l’éthique sportive du dépassement de soi et du triomphe sur ses adversaires. Les coaches en entreprises font d’ailleurs sans cesse recours à la métaphore sportive pour coacher les dirigeants qui leurs sont confiés : « Les grands matchs à gagner, ce sont les défis liés au changement dans l’entreprise, tels que fusions, restructurations ou internationalisation [3]. »

 

De la productivité à la réalisation du Moi

 

Dans notre culture occidentale à tendance productiviste, l’entreprise est également devenue un lieu de développement personnel. C’est ainsi que Vincent Lenhardt définit le coaching comme étant « l’aide apportée par un accompagnateur externe ou interne à l’entreprise, pour la résolution de difficultés professionnelles en vue du développement durable de la personne [4]. »

L’ « idéologie coaching » postule ainsi que les objectifs existentiels de l’individu ne sont pas en contradiction avec les exigences productivistes de l’entreprise, bien au contraire. Ce qui est bon pour la rentabilité économique de l’entreprise devient donc également bon pour le coaché : « Le coaching permet à une personne, un groupe, d’améliorer ses propres performances pour mieux répondre à la demande de l’entreprise, soucieuse de son efficacité [5]. »

Le coaché apprend à « se gérer » comme une micro-entreprise. C’est l’avènement de l’homo economicus.

Bien sûr pour que l’employeur y trouve son compte et que l’employé ne se sente pas instrumentalisé, l’objectif de rentabilité de l’entreprise doit aller de pair avec le besoin de développement personnel du travailleur. Dans la plupart des formations en coaching, la priorité est même souvent donnée au développement personnel sur les nécessités professionnelles.

Les coaches puisent leurs techniques d’auto-conditionnement, pour l’essentiel, dans les approches psychothérapeutiques de Carl Rogers, l’un des principaux fondateurs de la « psychologie humaniste ». Selon cette approche, nos changements s’opèrent en direction de la pleine réalisation de notre Moi : « Le but de la psychologie humaniste est la pleine réalisation du potentiel humain par la prise de conscience [6]. »

La réalisation intégrale de nos capacités devient à notre portée. Parmi ces capacités, nous possédons celle de dépasser les obstacles psychiques liés à nos souffrances passées.

Ce qui séduit le plus dans le coaching et dans la « psychologie humaniste » qui l’imprègne, c’est justement sa valorisation du changement et du potentiel humain de s’y s’adapter. Tout change autour de nous et nous aussi nous changeons. L’essentiel est de faire de ce changement une vraie opportunité de maturation et un coach est là pour nous y aider.

 

Le coaching et la transformation sociétale

 

Beaucoup conviendront que la transformation du monde en un gigantesque marché a pu contribuer à inspirer un sentiment d’insécurité général. Dans ce nouvel ordre mondial où semble régir la loi du plus fort, un « besoin de sécurité ontologique » [7] s’est créé et une souffrance psychique chez les cadres et les salariés des entreprises s’est générée. Le coaching arrive donc à la rescousse comme un moyen de répondre à la peur d’être insuffisant et au désir d’être libre dans un monde où il devient toujours plus difficile de l’être. 

Le coach aide ainsi tout un chacun à enrichir favorablement la perception qu’il a de lui-même. Pour se sentir « heureux » malgré la conjoncture, au revoir les états négatifs comme a tristesse et bienvenus les techniques comme la motivation et à la gestion du stress. 

Si le potentiel biopsychosocial latent en chacun de nous peut nous aider à transcender ce monde souvent si cruel et insensé, il est alors nécessaire d’aller chercher en soi les potentialités destinées à nous aider à nous épanouir dans un contexte socioéconomique du changement permanent, de la production et de la consommation. 

Avec des techniques allant de la suggestion hypnotique aux visions mentales, de l’autohypnose au rêve éveillé, les coaches deviennent des acteurs indispensables pour favoriser notre développement personnel, nous libérer de « blocages psychologiques » et nous aider à « passer du réel où tout semble bloqué à l’imaginaire où tout est possible [8]. »  

Devant une personne « têtue », le coaché apprendra à changer sa représentation en voyant de la « ténacité » là où il voyait de l’« entêtement ». En se montrant moins nerveux avec son collègue ou son voisin, il augmentera son capital sympathie et contribuera plus positivement au travail d’équipe et à la vie en société.  

Sans prétendre transmette un quelconque savoir, le coach se plait à répéter que son rôle est de nous aider à découvrir par nous-mêmes qui nous sommes ; à savoir, un extraordinaire potentiel de ressources que nous devons apprendre à bien gérer pour devenir le bon manager de nous-même. 

Dans une société coachée, chacun est accompagné à développer tout son potentiel et à trouver l’harmonie entre ses différents domaines de vie, ne sacrifiant plus sa vie de couple sur l’autel du la réussite professionnelle ou ne se cloisonnant plus dans un carcan communautaire ou familial au détriment des autres membres de la société. Tous sont coachés pour qu’ensemble nous puissions faire face aux défis communs et qu’ensemble nous transcendions l’homo economicus et accueillions l’homo novus ou l’Homme Nouveau…

 

 

Cet article est largement inspiré des propos de Roland Gori et Pierre Le Coz sur le coaching.

 

[1] J. Sordello, Coaching du sportif, Amphora, 2004, p. 17.

[2] La Société française de coaching (« SFCoach »).

[3] J.-F. Polot, Les Échos, n° 17876, 12 avril 1999, p. 66.

[4] V. Lenhardt, Revue de management et conjoncture sociale, juin 2001. 

[5] Code de déontologie de la Société française de coaching.

[6] J. Whitmore, Le guide du coaching, Maxima, 2005, p. 144.

[7] Nicolas Schilfarth formateur et superviseur de coach

[8] Ibid., p. 25.

 
 
 
 

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