Une Heureuse Année avec Tolstoï

Le 31 décembre au coup de minuit, nous nous sommes souhaités entre amis et êtres chers une heureuse et bonne année. Des millions de personnes de part le monde ont fait de même. Bien que toujours sincères (ou presque), les voeux que nous nous échangeons peuvent, disons, manquer d’originalité. Ils se résument souvent en des souhaits de bonheur et de santé. En nous arrêtant le temps de cet article sur la notion de « bonheur », nous pouvons nous interroger sur les clés pouvant nous ouvrir à d’avantage de bonheur dans cette nouvelle année. A ce sujet, je vous propose de nous mettre à l’écoute de Léon Tolstoï afin de recevoir quelques conseils pour passer une (plus) « heureuse année ». 

Lev Nikolaïevitch Tolstoï, alias Léon Tolstoï, est une des figures dominantes de la littérature russe. Né en 1828 dans une richissime famille de la noblesse russe, il s’éteint en 1910 laissant derrière lui un héritage littéraire riche d’analyse psychologique et de réflexions morales et philosophiques. Mahatma Gandhi reconnait avoir été singulièrement influencé par ce romancier-philosophe russe. Tolstoï n’a pourtant pas toujours été exemplaire en termes de moralité et d’humanité. Ces premières années comme jeune duc sont d’ailleurs marquées de rudesse, de débauche et de violence.

Mais qu’est-ce qui a pu faire de ce jeune voyou de duc ce personnage illustre aujourd’hui connu et respecté de tous?

Voici sept pistes que nous pouvons extraire d’une analyse de la vie de Léon Tolstoï: 

1. Garder un esprit ouvert 

Une des plus grandes forces de Tolstoï était sa capacité et sa volonté de changer d’avis suite à de nouvelles expériences. Après avoir expérimenté les horreurs de la guerre de Crimée, il devint un pacifiste engagé. En 1857, après avoir assisté à une exécution par guillotine à Paris – dont il n’oublia jamais le bruit sourd que fit la tête tranchée en tombant dans le panier – il devint un fervent opposant de l’Etat. Il encouragea ainsi ses contemporains et les générations qui ont suivi à oser remettre en question les croyances et les dogmes qui nous sont inculqués. 

2. Pratiquer l’empathie 

Tolstoï démontra à plusieurs reprises une capacité inhabituelle à faire preuve d’empathie en se mettant dans les chaussures de personnes aux vies très différentes de la sienne. Tolstoï était convaincu qu’il était impossible de comprendre la réalité de la vie des autres à moins d’en faire soi-même l’expérience. C’est pourquoi il adopta dans les années 1860 la garde-robe des paysans et se mit à travailler à leurs côtés dans la culture des terres de son propre domaine. Pour un conte au sang bleu cela était plus que remarquable au 19ème siècle.   

3. Faire une différence

Il s’est aussi distingué des ses confrères de l’élite sociale en agissant de manière concrète pour soulager la souffrance du peuple, notamment dans son action humanitaire contre la famine. A deux reprises, lors des famines en 1873 et en 1891, il interrompu ses œuvres romanesques (pour des années entières) pour organiser l’aide aux affamés, travailler dans des soupes populaires et réaliser des collecte de fonds en faveur des démunis. Pourrions-nous imaginer un auteur à succès aujourd’hui mettre de côté son dernier roman pour faire de l’humanitaire à temps-plein pendant des années?  

4. Maîtriser l’art de vivre simplement

Suite à une dépression nerveuse dans la fin des années 1870, Tolstoï rejeta toutes formes de religion organisée, inclue celle de l’église orthodoxe dans laquelle il grandit. Il adopta une forme révolutionnaire de christianisme basée sur une austérité matérielle et spirituelle. Il abandonna l’alcool, le tabac, et devint végétarien. Il inspira aussi la création de communautés autosuffisantes dans lesquelles la propriété était mise en commun. Gandhi fonda son ashram en 1910 selon ce modèle et le baptisa La Ferme Tolstoï.

5. Etre conscient de ses propres contradictions

Cette nouvelle vie de Tolstoï n’était pas sans difficultés et contradictions. Bien qu’il prêchait l’amour universel, il était constamment en train de se bagarrer avec sa femme. De plus, l’apôtre de l’égalité n’a jamais totalement pu abandonner ses richesses et son train de vie privilégié. Il vécu jusqu’à ces vieux jours dans une grande maison entouré de serviteurs. Dans les années 1890, il renonça cependant à des droits d’auteur pour une très grande partie de ses œuvres littéraires; sacrifiant ainsi à une véritable fortune. En prenant en compte la statut particulièrement privilégié dans lequel il vit le jour, sa transformation personnelle mérite notre admiration bien qu’elle resta inachevée. 

6. Devenir un artisan

Tolstoï considérait qu’un équilibre entre l’esprit et le corps constituait une partie essentielle de son processus créatif. Non seulement n’hésitait-il pas à déposer son porte-plume pour guider une charrue tirée par des chevaux à travers les champs, mais il gardait aussi une faux appuyée contre le mur à côté de son bureau. Dans ses dernières années de vie, quand les écrivains et journalistes venaient rendre hommage au vieux sage, ils étaient souvent étonnés de trouver un des auteurs les plus célèbres au monde penché sur ces outils de bricolage en train de fabriquer une paire de bottes. Si Tolstoï était ici aujourd’hui, il nous suggérerait sans doute d’inclure dans nos vies un peu plus d’artisanat au lieu de passer autant de temps sur les réseaux sociaux. 

7. Étendre notre cercle social 

La leçon de vie la plus essentielle à apprendre de Tolstoï est de faire comme lui et reconnaître que la meilleure façon de mettre au défi nos hypothèses et préjugés et de développer de nouvelles façons d’appréhender le monde, est de nous entourer de personnes au style de vie et opinions différents des nôtres. Cloisonnés à l’intérieur de notre groupe de pairs, on peut en arriver à considérer tout à fait normal le fait posséder deux maisons, d’opposer le mariage pour tous ou de bombarder des pays dans le Moyen-Orient. On ne parvient pas à voir si nos opinions sont perverses, injustes ou fausses, car nous restons dans nos propres cercles de pensée. Un défi pour cette nouvelle année pourrait être d’ouvrir nos ailes conversationnelles et passer du temps avec ceux ayant des valeurs et des expériences qui contrastent avec les nôtres. Notre tâche ultime, comme Tolstoï pourrait nous conseiller, étant de voyager au-delà des périmètres de notre cercle. 

 

Cette publication est largement inspiré de l’article The secret to a happy life – courtesy of Tolstoy de Roman Krznaric pour la BBC. 

 

 

 

 

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