Osez pardonner… pour être heureux ! 2ème partie

pardon

Lauren Giordano/The Atlantic

 

Comme promis la semaine dernière, voici la méthode suivie par Mr. Worthington pour pardonner l’impardonnable. Pour rappel, ce psychologue américain fut confronté à sa propre théorie sur le pardon quand sa mère fut sauvagement tuée par un cambrioleur. 

Pour pardonner le meurtrier de sa mère, Worthington utilisa sa propre méthode « REACH » articulée en cinq étapes: 

  1. Se «rappeler» de l’incident, y compris tout le mal ;
  2. Faire preuve d’empathie avec la personne qui vous a fait du tort ;
  3. Offrir le pardon (de manière gratuite et inconditionnelle), en se rappelant comment c’était bon d’avoir été pardonné par quelqu’un à qui on a pu faire du tort ;
  4. S’engager (« commit » en anglais) de pardonner publiquement en le disant à un ami ou à la personne qui a été pardonnée ;
  5. Enfin, tenir bon (« hold » en anglais) sur le pardon donné. Même lorsque des sentiments comme la colère refont surface, se rappeler que s’est déjà pardonné. 

Selon Worthington, ce qui l’aida à être empathique avec le tueur est que celui-ci avait brisé tous les miroirs de toutes les pièces de la maison avec le même pied de biche qui avait servi au meurtre. Cela signifia pour Worthington que le malfrat ne supportait plus de se regarder après son acte.  

Après les premières et angoissantes 24 heures qui suivirent la mort de sa mère, Worthington traversa les cinq étapes de sa méthode REACH en une vingtaine d’heures. Il pardonna le meurtrier de sa mère complètement. Pour lui, ajouta-t-il, il était important qu’il le fasse tout de suite pour que le pardon ait un maximum d’effets positifs. 

Parler « d’effets positifs du pardon » peut sembler égoïste, comme faire la charité à quelqu’un pour pouvoir ensuite le raconter. Mais si on considère qu’une des raisons pour lesquelles les personnes évitent de pardonner est qu’elles ont le sentiment que si elles pardonnent, le malfaiteur s’en tire à bon compte, pourquoi ne pas aussi regarder à ce qu’il y a à gagner pour celui/celle qui pardonne. Et il s’avère qu’il a beaucoup a gagné. 

Premièrement, il y a une charge positive importante et immédiate en termes de santé mentale. Worthington explique qu’un atelier de huit heures sur le pardon peut réduire la dépression et l’anxiété autant que plusieurs mois de psychothérapie.

Mais au-delà de cela, les personnes qui pardonnent sont nettement en meilleure santé physique que celles qui ne pardonnent pas. Une étude de 2005 publiée dans le Journal of Behavioral Medicine constate que les participants qui s’estimaient plus enclins au pardon avaient une meilleure santé selon ces cinq facteurs: symptômes physiques, le nombre de médicaments utilisés, la qualité du sommeil, la fatigue, et les plaintes médicales. Les auteurs de l’étude expliquent cela par le fait que le processus du pardon réduit les émotions négatives et le stress. « En renonçant à ses idées de vengeance, la victime se sent moins hostile, en colère ou bouleversée par l’expérience, » écrivent les auteurs.

En 2011, un groupe de chercheurs a demandé à 68 couples mariés de ressasser un conflit récent et ils ont enregistré la discussion sur une vidéo. Les participants ont ensuite revu les vidéos et décrit comment ils/elles tentaient de résoudre le conflit. Les scientifiques ont constaté que les « victimes » les plus enclines au pardon avaient une meilleure tension artérielle. La pression artérielle de leur partenaire était aussi plus faible. En d’autres mots, donner et recevoir le pardon contribue à faire baisser le niveau de tension au sein d’un couple. Fait remarquable: cet effet positif ne dépend pas du fait que l’instigateur du conflit ait ou pas regretté son attitude: « Le pouvoir d’accorder le pardon (et ses effets positifs) repose entièrement sur les victimes, » concluent les auteurs.

Cela correspond à une recherche de 2001 dans laquelle il était demandé à certains sujets de l’étude de se remémorer un souvenir douloureux d’une manière pleine de ressentiment et à d’autres d’une manière empathique et indulgente. Le premier groupe ont montré des rythmes cardiaque plus rapides et de plus grands changements de pression artérielle. Leurs muscles faciaux étaient également plus tendus. 

Quand quelqu’un garde une rancune, son corps est traversé par des niveaux élevés de cortisol, l’hormone du stress. Lorsque le cortisol devient chroniquement élevé pendant de longues périodes, Worthington dit qu’il peut réduire la taille du cerveau, de la libido ainsi que la capacité digestive.

Dimanche prochain, je posterai la troisième et la dernière partie de cet article. D’autres effets surprenant du pardon outre que ceux sur la santé physique et mentale seront abordés. Nous verrons aussi que le plus difficile c’est de se pardonner soi. Et face à cela même la méthode REACH peut être insuffisante. 

 

 

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